Des premières photographies que l’on prend il reste l’idée pleine de l’aspect vide de cet acte. Il semblerait que tout ce qu’on entreprend ensuite serait la tentative de s’éloigner au plus loin de ce premier vertige.
Le vertige ressenti est celui de l’absurdité profonde se dégageant du réel une fois ce dernier mis à distance. Il demeure banal, inconséquent, imprennable.
Tout sentiment tiré de la photographie se passe à l’état de la fiction. Ces narrations qu’on se laisse raconter pour et par notre propre histoire personnelle.
De tout mon être quand je prends un cliché, je voudrais que celui-ci soit autre chose que ce qu’il se bornera à toujours être. C’est l’échec constant et néanmoins borné qui rend la photographie vivante. Il y a un grand sacrifice et une humilité nécessaire qui se fait jour quand on regarde une photographie prise par soi-même.
Ni le beau ni le laid.
Peut-être faudrait-il que la photographie essaie de restituer une part de sacré au réel, tant ce dernier en est maintenant dépouillé.
À l’idée de prendre une seule photo, qui deviendrait un objet récupérable et réduisible, une Image de plus entassée dans la plus petite place de l’âme, il me vient un désir de m’enfermer devant un mur de vide.
Pourquoi donc ajouter au trop-plein? La question demeure entière. Que dire de plus que le silence ne dirait pas autrement mieux que le bruit de l’Image imparfaite du monde parfait?

Je retourne en moi cette idée persistante qui serait de devoir déterminer lequel des deux actes est plus un viol entre prendre la photographie d’un mort ou d’un vivant. Le fait que ce soit un devoir me dit plus sur la nature de la photographie que toute autre réfléxion.