le rêve No 2/10
cet enfant de 4 mois; trop grand pour son âge, allumé. trop éveillé. et qui se met à parler, lentement, à la stupéfaction de tous, il décode, il décode tout, avant sa propre conscience, par devant l’idée qu’il existe en lui-même, ça parle en lui, à travers lui. sur un quai de bois délavé où l’on voit et ressent la moindre ride sur l’eau à travers les lattes espacées, le petit homme qui parle et qui parle.
c’est un génie, ça ne fait pas de doute, il s’agit ici, devant tous, d’un miracle. chacun se rappèlera de cet après-midi sur le quai, lorsqu’un bébé de 4 mois s’est mis à parler. tout le monde autour (mais qui sont-ils?) l’acclame, se félicite à haute voix d’avoir pu croiser l’Histoire de ce prodige vivant; à ce moment, ici, dans une structure de gens que je ne sais plus reconnaître, je suis pris de panique. quelqu’un dit: je pourrais faire de l’argent avec lui, il jouera du piano à 4 ans. jamais on aura vu tel prodige sur la terre!
quelqu’un remarque qu’il ne regarde jamais personne. quelqu’un se met à pleurer de joie. de joie. qui sont ces gens si heureux autour d’un enfant qui parle?
un chien se serait mis à parler qu’on aurait pas été plus surpris – d’ailleurs quelqu’un autour fait la remarque. un miracle, comme dans la bible, comme dans un rêve, dirait-on. les gens affichent des sourires niais, des yeux fiers, trop fiers, ahuris. il y a une folie qui s’empare des gens tranquillement, par le centre d’abord et progressivement
jusqu’à la périphérie.
le même rêve. l’écart.
l’entre-deux véritable est la folie qui te surprend à ton réveil.

juin 28, 2010 à 8:03
je ne sais pas trop comment je suis tombée par ici mais je ne le regrette pas ; c’est vraiment très beau, et les textes et les photos.